J’ai passé l’essentiel de ma carrière en tant que graphiste. Des années à jongler entre les fichiers, les dossiers de projets, les archives clients, les références visuelles. À chercher une image précise parmi des milliers d’autres. À extraire une couleur d’une photo pour la transmettre à une imprimerie. À organiser sans perdre.

En prenant ma retraite, j’ai fait une chose simple : j’ai arrêté les abonnements Adobe. Après des années à payer chaque mois pour une suite dont j’utilisais une fraction des fonctionnalités, le moment était venu de tourner la page. Et c’est là que le problème s’est posé concrètement.

L’outil disparu

Il y a longtemps, sur Mac, il existait un logiciel remarquable : iView MediaPro. Pour ceux qui ne l’ont pas connu, c’était exactement ce qu’un gestionnaire de médias devrait être — rapide, léger, natif macOS, pensé pour les créatifs. Pas pour les photographes de studio équipés de serveurs NAS, pas pour les agences avec des budgets IT dédiés. Pour les graphistes, les photographes indépendants, les gens qui travaillent seuls ou en petite équipe avec leurs fichiers.

En 2006, Microsoft a racheté iView et rebaptisé le logiciel Expression Media. L’intégration dans l’univers Microsoft a progressivement éloigné l’outil de ses racines Mac. En 2010, Phase One a repris le flambeau et lancé Media Pro — une version plus orientée photographes professionnels, avec de gros catalogues et des flux de travail RAW avancés.

Le 30 août 2018, Phase One a cessé de vendre Media Pro et a arrêté le développement.

Pour migrer, Phase One recommandait de passer à Capture One — un logiciel excellent, mais qui demande un abonnement, et qui fait beaucoup plus (et donc beaucoup plus cher) que ce dont la plupart des graphistes ont besoin pour simplement parcourir et organiser leurs fichiers.

Depuis 2018, ce créneau est resté vide sur Mac. Adobe Bridge existe, mais il nécessite Creative Cloud. Les alternatives multiplateformes fonctionnent, mais aucune n’est vraiment native macOS dans le sens profond du terme.

Se remettre à apprendre

La retraite, c’est aussi l’occasion de faire des choses qu’on remet depuis longtemps. Pour moi, c’était apprendre à développer des applications Mac. Pas pour en faire un métier — mais parce que j’avais un problème concret à résoudre, et qu’après des décennies à utiliser des outils créés par d’autres, j’avais envie d’en construire un moi-même.

Swift est un langage, SwiftUI un framework — tous deux pensés pour ça. Apple a fait un travail remarquable pour rendre le développement macOS accessible. J’ai appris, tâtonné, recommencé. Et progressivement, Scrapbook a pris forme — le résultat de mes cogitations, comme j’aime dire.

Scrapbook, c’est l’outil que j’aurais voulu retrouver sur Mac après la disparition d’iView MediaPro. Pas un clone — les temps ont changé, les formats aussi. Mais le même état d’esprit : une app qui fait peu de choses, mais qui les fait bien.

Ce que j’ai gardé, ce que j’ai ajouté

De l’esprit iView, j’ai gardé l’essentiel : la légèreté, la rapidité, le centrage sur le fichier plutôt que sur le catalogue. Scrapbook fonctionne avec vos dossiers existants — pas besoin d’importer, d’indexer, de gérer une base de données. Vous ouvrez un dossier, vous voyez vos fichiers.

Mais en 2026, les besoins ont évolué. Les fichiers RAW sont partout. Les fichiers 3D aussi — USDZ, OBJ, GLB. Les designers extraient des palettes de couleurs depuis des photos de référence. Ils travaillent avec InDesign, Photoshop, After Effects simultanément et ont besoin de glisser-déposer en un geste.

J’ai donc ajouté ce qui manquait à iView : l’extraction automatique de palettes de couleurs (algorithme K-means++ en espace CIE LAB, export HEX, CMJN, RAL, .ase), la prévisualisation 3D, l’inspecteur de métadonnées EXIF et IPTC complet, les labels de couleur personnalisables, les filtres par extension personnalisés.

Le retour d’iView MediaPro

Et puis, au fil des mois, une évidence s’est imposée. Si je faisais l’outil que j’aurais voulu retrouver après iView, il fallait aussi permettre à ses anciens utilisateurs de récupérer leurs catalogues. Pas leur dire « refaites tout à la main ». Pas leur demander de passer par un format pivot fragile. Quelque chose de direct.

J’ai donc écrit un transcripteur de fichiers .ivc. Vous glissez votre vieux catalogue iView MediaPro sur Scrapbook, et l’application reconstitue une bibliothèque .sbpixixel avec vos Sets, vos libellés, vos notations, vos mots-clés et vos liens vers les originaux. Les fichiers que vous ne retrouvez pas (disque externe non branché, dossier déplacé) restent visibles avec un badge « orphelin » ; un clic droit lance une recherche Spotlight pour les récupérer. Le fichier .ivc d’origine n’est jamais touché.

Je ne connais aucun autre outil sur Mac qui fasse ça aujourd’hui. C’est pour moi le geste qui boucle la boucle.

Une intelligence locale, parce que les fichiers sont sacrés

L’autre grand ajout, c’est l'indexation par IA. Mais avec un parti pris radical : tout est calculé localement. Sur votre Mac. Avec les bibliothèques système d’Apple — Vision.framework, CoreImage, CryptoKit. Aucune image, aucun extrait, aucun vecteur ne quitte votre ordinateur. Pas de cloud, pas de compte, pas de service distant.

Concrètement, ça vous donne des tags visuels automatiques bilingues (animaux, paysages, objets, scènes), le comptage des visages et un score de netteté technique pour repérer les flous en un coup d'œil, la détection des doublons par hash perceptuel (qui trouve aussi les doublons recadrés ou recompressés), la recherche par similarité visuelle, et surtout une recherche en langage naturel — tapez « plage coucher de soleil chien » et l’outil interroge simultanément les tags IA, vos mots-clés, l’IPTC et vos éditions de métadonnées.

La discipline du DAM

Peter Krogh, dans The DAM Book, énonce la règle d’or : les fichiers d’origine sont sacrés. Aucun outil ne devrait y écrire — ni métadonnées, ni rotations, ni rien. J’ai pris cette discipline au sérieux. Scrapbook n’écrit jamais dans vos fichiers. Toutes vos éditions — titre, mots-clés, description, copyright, champs personnalisés — vivent dans le catalogue local. Les exports renommés et les sidecars XMP sont écrits dans des fichiers distincts.

J’ai ajouté une veille d’intégrité SHA-256 qui calcule l’empreinte de chaque fichier et signale toute altération silencieuse — corruption disque, bit rot, modification accidentelle. Et pour ceux qui veulent inspecter, le catalogue .sbpixixel n’est pas un format propriétaire verrouillé : c’est un bundle macOS contenant un fichier catalog.sqlite standard (lisible par n’importe quel outil SQL) et un dossier de vignettes au format image standard. Clic droit, « Afficher le contenu du paquet » : tout est inspectable. Si Scrapbook disparaît un jour, votre travail reste exploitable.

Et puis quelques petites choses utiles

Au passage j’ai ajouté ce qui me manquait au quotidien : une recherche avancée multi-critères (dates, taille, GPS, ISO, focale, mots-clés, doit/ne doit pas contenir), une vue carte GPS interactive pour retrouver les photos d’un voyage, le renommage en lot avec des jetons ({original}, {counter}, {date}, {camera}) à l’export, l'édition de métadonnées en lot, l’export d’un diaporama vidéo MP4 encodé en H.264 matériel pour partager une sélection avec un client.

Toujours la même règle : rien de tout cela ne touche aux fichiers d’origine.

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Le prix, une décision de valeurs

J’aurais pu faire un abonnement. C’est le modèle qui maximise les revenus sur le papier. Mais en tant qu’ex-graphiste qui vient d’arrêter ses abonnements Adobe, je connais trop bien ce sentiment : payer chaque mois pour un outil qu’on utilise peut-être deux fois par semaine.

Scrapbook est vendu en achat unique. Vous l’essayez un mois gratuitement. Si l’outil correspond à vos besoins, vous l’achetez une fois. C’est tout. Le prix varie légèrement selon les pays — Apple adapte automatiquement en fonction des zones tarifaires locales — mais l’idée reste la même : payer une fois, utiliser à vie.

Pas de compte obligatoire. Pas de données envoyées quelque part. Vos fichiers restent sur votre Mac, comme ils l’ont toujours été.

La suite

Scrapbook continue d’évoluer, mais le cadre reste le même : peu de choses, bien faites. iView MediaPro était bien parce qu’il n’essayait pas d’être Lightroom. Je préfère sortir une fonctionnalité quand elle est vraiment prête plutôt que de livrer quelque chose de bancal.

Si vous avez connu iView ou MediaPro, si vous avez encore vos vieux fichiers .ivc dans un coin de disque dur, si vous cherchez un outil simple pour gérer vos fichiers créatifs sur Mac sans abonnement ni cloud — Scrapbook est fait pour vous.

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